Un habit de gloire

Au lendemain de la révolution, la levée d'interdits en matière vestimentaire ouvre aux provinces françaises, toutes classes confondues, le vaste chantier de l'art du costume. L’habit faisant le moine — une leçon fort bien retenue de l’ancien régime et toujours d’actualité après 1789 — il s’agissait de démocratiser un élément qui avait merveilleusement servi les classes privélégiées.

Certaines régions, comme l’Alsace et le pays Basque, dans un bel élan unitaire, s’orientent vers un costume national. La Bretagne, quant à elle, hume avec délectation ce vent de liberté, qui pour une fois arrive de l'Est. Elle ne sait pas encore ce qu'elle va en faire, mais elle sait déjà ce qu’elle ne veut pas : un seul habit quand on pourrait en avoir cent?

Le vieux fonds celtique, fort malmené par les vents d’Est desséchants, brûle de mener la gavotte dans les cent Pays de Bretagne et d’y récolter cent modes. Mais d’abord, transcender le vêtement pour qu'il illumine les jours de fête, susciter les hommes qui feront naître cet art nouveau et iront grossir les rangs des artistes de toujours que sont les maîtres du granit, les sonneurs qui font jaillir la danse et les conteurs qui font rêver de pauvres hères reclus de fatigue : voilà le sillon qu’il faut creuser, pour récolter « l’habit de gloire », cher à Pierre Jakez Helias.