Effervescence au pays des coiffes

René-Yves Creston affirme que dès 1840, la fragmentation des modes est réalisée en Cornouaille. Au Nord par contre, le Léon tarde à tourner la page de l’unité. Tous les pays de Bretagne rivalisent pour parfaire de nouvelles techniques, et tandis que les Bigoudens se préparent à faire un usage immodéré de la broderie, les habitants de Plougastel — une contrée qui compte aussi beaucoup sur ses propres forces — élaborent un système de pliage et de montage sophistiqué qui va conférer à cette coiffe son caractère et sa grâce.

13 modèles de coiffes en Cornouaille

Pas moins de 13 modèles principaux et bien plus de variantes vont voir le jour en terre Cornouaillaise. Tout est joué, mais tout reste à faire car la coiffe se cherche et le territoire aussi. Chaque type de coiffe se développe autour d’un centre, et d’abord autour de Quimper, la capitale, où la borledenn règne sur une trentaine de communes. Chateaulin, Plougastel, Carhaix, Pont-L’Abbé, Pont-Croix, Fouesnant (ou Rosporden) pour ne citer qu’elles, jouent le même rôle.
 
Mais le flou règne à la périphérie où les frontières sont loin d’être stabilisées — un flou qui ne gêne en rien l’évolution esthétique qui est en cours et qui  ne s’arrêtera pas de sitôt. Sur le terrain on assiste plus prosaïquement à une lutte pour un espace, à des jeux d’influence, des jeux de séduction où les coiffes les plus conquérantes obligent leurs voisines à reculer.

C’est ainsi que la Cornouaille elle-même, terre d’élection des coiffes, se voit infiltrée au Nord par la Toukenn, la coiffe du Trégor, qui opère une percée en pays de Carhaix. Respect des frontières par contre, entre Léon et Cornouaille où un vieil antagonisme Nord-Sud freine les velléités d’ingérence. Si les limites du Trégor sont perméables à l’Ouest (avec le Léon) et au Sud, elles s’avèrent parfaitement étanches au Sud-Est, où la barrière linguistique sépare le pays bretonnant du pays Gallo.